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Stéphane
Sirkis 1959-1999
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Stéphane
Sirkis, 39 ans, guitariste et l'un des compositeurs du groupe
Indochine est décédé à Paris le 27
février 1999 d'une hépatite fulgurante.
Le groupe était en train d'enregistrer à Bruxelles
son huitième album, qui lui a été dédié
depuis.
Nicola Sirkis, le frère de Stéphane, chanteur et
auteur d'Indochine a décidé de terminer cet enregistrement
par respect pour Stéphane qui en avait émis le souhait.
Stéphane Sirkis a été inhumé dans
l'intimité le jeudi 4 mars 1999.

Lettre
à Stéfane
Cette
nuit de fin juillet à Paris, il fait presque trop chaud et je
n'arrive toujours pas à regarder quelques photos de toi, ni
à lire toutes les lettres et témoignages que j'ai reçus après
ton départ, et pourtant ce soir, je viens de parcourir un recueil
que des fans canadiens m'ont envoyé, des milliers de réactions
récoltées sur Internet de fans du Pérou, de Belgique, de Suède,
de France... Il y a aussi des photos qu'ils ont prises de toi
pendant des concerts, dans des aéroports, dans des radios; je
suis ému mais je ne sais pas si c'est le bon adjectif, je n'avais
rien lu ni regardé depuis ce 27 février.
La pochette de l'album est maintenant terminée, elle est belle,
tu es sur la dernière page du livret, tu finis l'album comme
tu l'avais commencé : beau...
En couverture, comme le veut la "tradition", il n'y a personne
du groupe juste une photo plein cadre d'un visage de fille qui
boit au robinet, l'eau transparente coule sur son visage, sur
sa bouche et alors tout est possible comme interprétation -
là aussi c'est la tradition- je suis sûr qu'elles te plairont
: la pochette comme la fille.
Cet été je reste à Paris, je donne les interviews qu'il faut
pour préparer et promouvoir la sortie de notre album, il s'appelle
maintenant "dancetaria" et on a décalé sa sortie pour la fin
août, je ne voulais pas qu'il sorte comme c'était prévu initialement
au printemps, avec ton départ chez les anges c'était trop tôt
beaucoup trop tôt.
On parle beaucoup de toi, de l'album, de tes guitares (qu'on
a pu conserver intactes sur le "dr7" de Jean-Pierre), de tes
morceaux et, je ne sais pas si tu te rappelles, l'été dernier
tu venais juste de terminer "atomik sky" et je t'avais dit que
tu avais écrit là ton meilleur morceau, tu m'avais répondu comme
à ton habitude : "ouaih on verra" et le lendemain au studio
tu nous avais encore surpris en nous envoyant d'un coup les
accords de "manifesto" et ceux de "she night", en moins d'une
semaine de studio tu avais là écris des morceaux à la fois bouleversants,
si puissants et si beaux, et beaucoup de ceux qui ont déjà écouté
l'album sont d'accord avec moi.
C'est le meilleur album d'indo il est féerique.
La tournée s'est terminée comme prévue à l'Olympia ce 24 juin;
honnêtement je n'avais jamais ressenti une telle force, une
telle émotion mais je ne sais pas si ce sont les bons adjectifs,
tu as du le voir de là-haut comme c'était beau et fort à la
fois, comme c'était chaud et triste et comment était notre "putain"
de public... Beaucoup de gens n'ont pu venir faute de places
à Paris comme partout sur cette tournée, tous ces soirs je leur
disais que là où tu étais tu pouvais être fier d'eux et de toi,
et puis la première fois qu'on a joué "she night", j'avais alors
beaucoup de mal à retenir ma tristesse mais je ne sais si c'est
le mot adéquat, on terminait le concert par "stef2" au vu de
la réaction c'est le nouveau single sans aucun doute; c'était
incroyable longtemps encore alors qu'on était tous dans les
loges Pilot, Boris, Mathieu, Marco et moi on entendait toute
la salle reprendre le refrain en choeur, j'aurais tellement
aimé que tu voies ça que tu entendes ça...
Les éclairages sont impressionnants et la façon dont
on s'habille fait beaucoup parler : moi je suis en robe noire,
Marco en kilt noir "ça jette" comme tu aurais dit; on a laissé
ta place inoccupée symboliquement et malgré tout, tous
ces soirs c'était aussi une grande fête ça m'a remis
sur les rails...et je suis sûr que tu en es heureux. Le "dancetaria
tour" se prépare, on commence le 12 novembre et on finit le
17 décembre au Zénith de Paris; chez Warhead tout le monde est
surpris de la vitesse à laquelle partent les places alors que
la promo n'est pas encore commencée et, que l'album n'est pas
sorti... on va jouer je pense plus de 2 heures et demie et je
travaille sur les projections videos qu'on va balancer derrière
nous ça risque d'être assez "trash" enfin bref
comme tu vois ici tout roule mis à part le principal : c'est
que tu nous manques, j'apprends à parler à la 1ère personne
du singulier mais ce n'est pas facile, ton humour, ton humeur
bonne ou mauvaise me manque, la façon dont tu envoyais se faire
foutre les quelques journalistes "opportunistes de ce journal"
me manque, enfin tu vois ce que je veux dire....
J'espère que là-haut tu te marres bien, que tu as retrouvé ceux
que tu voulais et que tu viendras de temps en temps nous rendre
visite.
Je dors un peu mieux mais j'ai encore mal a l'estomac souvent.
Ah oui ! Je vais offrir à Lou pour son anniversaire "Offspring",
je pense même que je vais l'emmener au Zénith les voir, je suis
sûre que tu l'aurais fait...
Tu me manques Stef mais je ne sais pas si c'est le bon verbe...
Nicola,
Juillet 1999
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" Le rock'n
roll venant du blues, musiques des esclaves noirs, il a toujours fait
hurler les conservateurs de tous poils. Le Ku Klux Klan appelant les jeunes
à détruire les Beatles parce que John Lennon avait ironisé sur la religion.
Le rock
au sens large a toujours été une musique de métissage, que ce soit dans
le blues, le rap, le reggae, le raï, le funk. On voit tout de suite l'incompatibilité
avec les lepénistes franchouillards qui prônent l'exclusion.
Reflet
de la révolte/rébellion de la jeunesse, même si aujourd'hui le capitalisme
en fait un produit de consommation, le rock reste fondamentalement antinazi,
antiraciste. La majorité des stars et des groupes de rock adhèrent à ces
valeurs. Je ne connais pas un groupe de rock français soutenant les lepénistes.
Au contraire, ils sont à la pointe du combat anti-FN.
Et comme
le dit la chanson, la jeunesse emmerde le Front National. Moi aussi."
Stéphane
Sirkis, hiver 1992, Ras l'front n°6.


Dans
le ciel les nuages
Figurent ton image
Le mistral en passant
Emporte mes paroles
Tu en perçois le sens
C'est vers toi qu'elles volent
Tout le jour nos regards
Vont des Alpes au Gard
Du Gard à la Marine
Et quand le jour décline
Quand le sommeil nous prend
Dans nos lits différents
Nos songes nous rapprochent
Objets dans la même poche
Et nous vivons confondus
Dans le même rêve éperdu
Mes songes te ressemblent.
Guillaume
Apollinaire
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